Peintures d'inspiration bretonne

LA FUITE DU ROI GRADLON

Evariste-Vital Luminais (1821-1896)

Vers 1884

Agrandir l'image jpg 304Ko (Voir légende ci-après) (fenêtre modale)
Evariste-Vital Luminais (1822-1896) - La Fuite du Roi Gradlon, vers 1884 - Huile sur toile, 2 x 3.11 m - Dépôt de l’Etat de 1896, transfert de propriété de l’Etat à la Ville de Quimper en 2013 © Musée des beaux-arts de Quimper

Huile sur toile

2013-0-69

Dépôt de l'État en 1884 ; Transfert de propriété de l'Etat à la Ville de Quimper en 2013

H. 200 cm - L. 311 cm

Evariste-Vital Luminais est le spécialiste reconnu des scènes gauloises ou médiévales (Les Enervés de Jumièges ou La Mort de Chilpéric 1er) qui connaissent un grand succès dans les Salons de la seconde moitié du XIXe siècle. Originaire de Nantes, il consacre à la Bretagne quelques scènes de genre, comme Le Pâtre de Kerlaz (Quimper, musée des Beaux-Arts).

En 1884, l’ambition du peintre est toute autre. Il s’attaque au thème de la ville d’Ys en peignant La Fuite de Gradlon. Le livret du Salon explique ainsi la scène pour le spectateur : « Le roi Gradlon, surpris dans sa ville d’Ys par les eaux de l’océan, n’eut que le temps de se sauver à cheval avec sa fille et saint Guénolé. Ce dernier dit au roi « Débarrasse-toi du démon que tu portes en croupe, car c’est lui qui par ses désordres a attiré la colère du ciel ». Le roi, reconnaissant cette voix de Dieu, eut le courage d’abandonner sa fille et put aborder à l’endroit qui est devenu Douarnenez ».

A l’origine, Luminais ne conçoit que le duo du roi et de sa fille, ne montrant que le seul geste du sacrifice. Mais conscient que le groupe est trop esseulé au milieu de la mer, il décide d’ajouter saint Guénolé. L’esquisse montre le parti définitif adopté : au centre de la composition, un groupe est formé par les deux chevaux et par les trois personnages. La mer occupe la moitié de la surface et l’horizon est exactement situé sur la ligne médiane. La mer est agitée, sans plus. Le thème est incompréhensible. Que font ainsi les cavaliers au milieu de la mer ? Marchent-ils sur les flots depuis la ville qu’ils ont abandonnée ? Pourquoi sacrifier Dahut à cet instant ? Le geste de Gradlon n’est pas très explicite : tente-t-il de la rattraper et de la sauver des flots ou bien au contraire, cherche-t-il à la rejeter et à la faire tomber ?

Dans le tableau définitif, le peintre, en habile technicien, procède à quelques corrections qui seront déterminantes. Tout d’abord, il augmente sensiblement la surface de la mer, repoussant l’horizon vers le haut. Il accroît ainsi le caractère étrange de ces constructions qui émergent des flots dans les lointains. La moitié inférieure du tableau est désormais occupée par une vague qui déferle juste derrière les cavaliers. Au premier plan, à droite, il signale la présence de la terre ferme. Le groupe est dorénavant centré dans la composition et occupe une grande place. Luminais creuse l’espace entre les deux chevaux et, par un jeu de courbes, crée une dynamique à partir de la tête de Dahut, devenu le centre géométrique du tableau.

Luminais ne cherche pas à s’aventurer dans une restitution trop rationnelle de l’événement (il suffit de penser à la modestie de la vague guère menaçante, d’autant plus que les chevaux arrivent sur la terre ferme). Sa peinture n’a plus grand-chose à voir avec la légende qui connaît ainsi une étonnante mutation : le thème est bien celui du sacrifice par un père de sa fille qui a péché, selon la seule volonté de Dieu, sans relation directe avec la submersion de la ville d’Ys ou la fuite devant les flots. Tout est fait pour focaliser l’attention du spectateur sur ce geste.

Cette œuvre connaîtra, par son pouvoir d’évocation, en particulier par son grand format, un extraordinaire succès lors de sa présentation, succès jamais démenti jusqu’à maintenant.

Peintures d'inspiration bretonne

LA FUITE DU ROI GRADLON

Evariste-Vital Luminais (1821-1896)

Vers 1884

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Evariste-Vital Luminais (1822-1896) - La Fuite du Roi Gradlon, vers 1884 - Huile sur toile, 2 x 3.11 m - Dépôt de l’Etat de 1896, transfert de propriété de l’Etat à la Ville de Quimper en 2013 © Musée des beaux-arts de Quimper

Huile sur toile

2013-0-69

Dépôt de l'État en 1884 ; Transfert de propriété de l'Etat à la Ville de Quimper en 2013

H. 200 cm - L. 311 cm

Evariste-Vital Luminais est le spécialiste reconnu des scènes gauloises ou médiévales (Les Enervés de Jumièges ou La Mort de Chilpéric 1er) qui connaissent un grand succès dans les Salons de la seconde moitié du XIXe siècle. Originaire de Nantes, il consacre à la Bretagne quelques scènes de genre, comme Le Pâtre de Kerlaz (Quimper, musée des Beaux-Arts).

En 1884, l’ambition du peintre est toute autre. Il s’attaque au thème de la ville d’Ys en peignant La Fuite de Gradlon. Le livret du Salon explique ainsi la scène pour le spectateur : « Le roi Gradlon, surpris dans sa ville d’Ys par les eaux de l’océan, n’eut que le temps de se sauver à cheval avec sa fille et saint Guénolé. Ce dernier dit au roi « Débarrasse-toi du démon que tu portes en croupe, car c’est lui qui par ses désordres a attiré la colère du ciel ». Le roi, reconnaissant cette voix de Dieu, eut le courage d’abandonner sa fille et put aborder à l’endroit qui est devenu Douarnenez ».

A l’origine, Luminais ne conçoit que le duo du roi et de sa fille, ne montrant que le seul geste du sacrifice. Mais conscient que le groupe est trop esseulé au milieu de la mer, il décide d’ajouter saint Guénolé. L’esquisse montre le parti définitif adopté : au centre de la composition, un groupe est formé par les deux chevaux et par les trois personnages. La mer occupe la moitié de la surface et l’horizon est exactement situé sur la ligne médiane. La mer est agitée, sans plus. Le thème est incompréhensible. Que font ainsi les cavaliers au milieu de la mer ? Marchent-ils sur les flots depuis la ville qu’ils ont abandonnée ? Pourquoi sacrifier Dahut à cet instant ? Le geste de Gradlon n’est pas très explicite : tente-t-il de la rattraper et de la sauver des flots ou bien au contraire, cherche-t-il à la rejeter et à la faire tomber ?

Dans le tableau définitif, le peintre, en habile technicien, procède à quelques corrections qui seront déterminantes. Tout d’abord, il augmente sensiblement la surface de la mer, repoussant l’horizon vers le haut. Il accroît ainsi le caractère étrange de ces constructions qui émergent des flots dans les lointains. La moitié inférieure du tableau est désormais occupée par une vague qui déferle juste derrière les cavaliers. Au premier plan, à droite, il signale la présence de la terre ferme. Le groupe est dorénavant centré dans la composition et occupe une grande place. Luminais creuse l’espace entre les deux chevaux et, par un jeu de courbes, crée une dynamique à partir de la tête de Dahut, devenu le centre géométrique du tableau.

Luminais ne cherche pas à s’aventurer dans une restitution trop rationnelle de l’événement (il suffit de penser à la modestie de la vague guère menaçante, d’autant plus que les chevaux arrivent sur la terre ferme). Sa peinture n’a plus grand-chose à voir avec la légende qui connaît ainsi une étonnante mutation : le thème est bien celui du sacrifice par un père de sa fille qui a péché, selon la seule volonté de Dieu, sans relation directe avec la submersion de la ville d’Ys ou la fuite devant les flots. Tout est fait pour focaliser l’attention du spectateur sur ce geste.

Cette œuvre connaîtra, par son pouvoir d’évocation, en particulier par son grand format, un extraordinaire succès lors de sa présentation, succès jamais démenti jusqu’à maintenant.

Evariste Vital Luminais La Fuite du roi Gradlon

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