Hommage au poète

Max Jacob et Quimper

Quimper, ville natale du poète Max Jacob occupe dans sa vie et dans son œuvre une place majeure. D’innombrables poèmes, un roman, une pièce de théâtre s’attachent à en décrire les moindres recoins et sa vie quotidienne, la rue du Parc, les passerelles sur l’Odet, le nouveau théâtre, les allées de Locmaria, les ruelles qui descendent du lycée... Max Jacob revient régulièrement à Quimper, y retrouve ses amis et sa famille.

De Paris à Saint-Benoît-sur-Loire

Grâce à de multiples dons et legs provenant des amis de Max Jacob et à quelques acquisitions, le musée présente une suite de photographies, lettres, petits objets et souvenirs les plus divers qui témoignent de la vie du poète : le carnet de pension, dont la couverture lui sert de palette, un minuscule autel, l’étoile jaune, le chapelet qu’il tenait dans ses mains à sa mort, la croix d’Ivry... Sont évoqués la vie à Paris rue Ravignan près du Bateau-Lavoir où avec Picasso et Apollinaire, il contribue à jeter les bases de « l’art moderne », les deux longs séjours à Saint-Benoît-sur-Loire et les fréquents voyages à Quimper et Douarnenez.
Le Portrait de Max à l'étoile jaune par Jean Boullet est un témoignage bouleversant des derniers jours de Max Jacob qui décède au camp de Drancy en 1944.


Max, "peintre inavoué"

Au contact de ses amis peintres, Max Jacob entreprend de dessiner, surtout à la gouache. Parallèlement à son œuvre poétique, il mène une carrière de peintre, exposant régulièrement, vendant d’innombrables petites gouaches. Paysages de Paris et de Bretagne ou fresques romanes, Max Jacob se contente souvent de « recopier » des photographies. Mais il peut échapper à cette écriture un peu fastidieuse pour traduire avec allégresse et liberté des scènes de la vie quotidienne. Plus tardivement, dans les années 1930-1940, il revient à des recherches formelles appelées « cubistes » basées sur des jeux géométriques.

Les amis de Max Jacob


Les amis de Max Jacob sont présents à travers plusieurs portraits peints ou dessinés par Roger Toulouse, Christopher Wood, Jean Cocteau ou Pierre de Belay. Max Jacob, durant ses séjours quimpérois, retrouve également le céramiste italien Giovanni Leonardi à qui il a fait connaître les faïenceries locales.

Jean Moulin


De 1930 à 1933, Max Jacob retrouve régulièrement à Quimper le docteur Tuset et Jean Moulin. Durant son séjour breton, ce dernier illustre des poèmes de Tristan Corbière, « Armor », extrait des Amours jaunes, en particulier la célèbre « Rapsode foraine » qui met en scène les mendiants au pardon de Sainte-Anne-la-Palud. Les études de ces étonnantes illustrations sont entrées dans les collections au musée grâce à un legs de Laure Moulin, sœur de Jean Moulin.

Pierre de Belay


Le peintre quimpérois Pierre de Belay, fidèle ami de Max Jacob, occupe une place à part dans cet ensemble. De nombreuses peintures et dessins donnés au musée par Hélène de Belay permettent d’apprécier ses divers talents : évocations de l’animation des ports et marchés de Cornouaille, scènes parisiennes, peintures « treillistes » des dernières années, portraits de Max Jacob dont le célèbre Portrait prophétique, estampes ou scènes de la vie judiciaire. Enfin, un autre Quimpérois, Jean Caveng, nous trace les portraits des Quimpérois acteurs du célèbre Terrain Bouchaballe, roman et pièce de théâtre de son ami Max Jacob.

Une section dédiée au surréalisme

Au printemps 2019, le musée se lance dans une entreprise qui renoue avec l’esprit d’un mouvement qui a chamboulé tous les codes artistiques et encouragé de multiples aventures et expériences : une partie de la salle dédiée à Max Jacob fait désormais place au mouvement surréaliste !

« La ville dans mon souvenir, à la fois soleilleuse et mouillée, trempe encore par toutes ses lisières comme une ville d’Ys dans la rumeur tonique de la mer océane : cette mer n’était pas si lointaine que par les nuits de tempête on ne perçût vaguement par intervalles au creux des rues mortes la canonnade qui martelait les côtes...Petite capitale quiète, autour de sa cathédrale de lichen gris, au bord de sa rivière aux chevelures d’algues vertes... », Julien Gracq, Carnets du grand chemin.

Comme il est plaisant de pouvoir citer à Quimper, dans la ville où il a exercé le métier d’enseignant pendant l’Entre-deux-guerres, ces quelques lignes de Julien Gracq, écrivain si proche du surréalisme et surtout, d’André Breton. Car, il nous fallait bien ce formidable parrainage pour se lancer au musée des beaux-arts dans une entreprise qui renoue avec l’esprit d’un mouvement qui a chamboulé tous les codes artistiques et encouragé de multiples aventures et expériences.

Saluons à cette occasion la générosité, si féconde pour les musées, d’Aube Elléouët-Breton. Elle a réservé la meilleure part pour Quimper en offrant des œuvres précieuses d’Yves Elléouët. Mais une autre bonne fée s’est penchée sur le berceau du musée, Catherine Prévert, qui a offert en 2017 une œuvre historique d’Yves Tanguy, Le Pont. Ce tableau, qui a comblé une absence dans nos collections, est devenu désormais, notre « Talisman », l’œuvre obstinément désirée pour une section surréaliste en construction !

Depuis, avec le concours toujours enthousiaste de l’association des Amis du musée et de Mécénat Bretagne, nous avons pu compléter ce petit fonds en accueillant une œuvre troublante et énigmatique de Pierre Roy. Maintenant, c’est Anne Le Moal qui favorise nos collections grâce au don opportun d’une toile précoce et étrange de son père, Jean Le Moal. Ses Menhirs datant de 1935 rappellent ainsi l’emprise du surréalisme sur nombre de jeunes artistes de l’Entre-deux-guerres. L’aventure continue aujourd’hui et nous faisons le pari que le fascinant Portrait de Sonia Veintraub peint en 1934 par Jacques Hérold et acquis en 2019 avec le concours des Amis du musée, apportera une séduction supplémentaire à notre ensemble.

 

Max Jacob, anté-surréaliste ou anti-surréaliste ? 
Les ouvrages de Max Jacob présentent des caractéristiques surréalistes avant même que le courant ne soit né et malgré le déni d’André Breton de lui octroyer toute influence. On pense bien sûr au Cornet à dés ou au Phanérogame où il n’y a certes pas d’automatisme psychique pur mais « une association libre des idées sans contrôle » selon les termes de Max lui-même. « La présence chez Jacob de liaisons a-logiques de mots, le pouvoir de la surprise, la place de l’humour, du rêve, et d’un merveilleux tantôt léger et fantaisiste, tantôt bouleversant en son intensité, nous font comprendre qu’il ait exprimé sa déception et même quelque rancœur devant ce qu’il voyait comme une fin de non-recevoir de la part de celui qui était tout-puissant dans les cercles surréalistes [André Breton], qui avait accordé l’appellation de « surréaliste » non seulement à Saint-Pol-Roux, mais encore à Léon-Paul Fargue et à Saint-John Perse, mais à qui purent déplaire les pirouettes de l’auteur des Pénitents en maillot rose [Max Jacob] et qui le jugea avec une surprenante sévérité. » Voici ce que dit Max Jacob du surréalisme dans les années1930 : « Ce que je pense du surréalisme Je suis gêné ; j’en parle rarement… ces hommes se sont certes servi de leurs précurseurs mais ils ont agrandi l’art ; ils l’ont mêlé à la vie, à la vie moderne ; ils se sont annexé le freudisme, l’occultisme, l’anticléricalisme, le communisme. Ils ont fait un louable usage des mots concrets… […] Il y a parmi eux un écrivain qui sait écrire : André Breton ; un véritable poète du sensible : Paul Eluard ; un humoriste très original : Benjamin Péret… A 23 ans, j’ai songé que la seule originalité ne pouvait être qu’une descente dans l’inconscient : j’ai utilisé, moi premier, le rêve nocturne, l’association libre des idées sans contrôle… De là, l’accusation de démence, de stupidité qu’on ne m’a pas épargnée. Or congénitalement, j’étais fait pour l’amour et l’humour… Dans les œuvres burlesques et mystiques qui font suite au Matorel, on voit cohabiter mes trois tendances : amour, humour, inconscience… » « J’ai eu bien de l’aigreur ces jours-ci à propos du surréalisme. On étale les hallucinations de l’œil et de l’ouïe à M. André Breton, en travail, en demi-sommeil et autres calembours mystiques. J’ai passé ma vie à travailler ainsi et c’est lui qui a le bénéfice de cette découverte pour l’avoir décorée d’un mot qui est d’Apollinaire… et personne ne dit rien, on l’encense et moi, dans mon coin, je deviens de plus en plus obscur et méprisé de la jeunesse. »

D’après l’article de Tatiana Greene, « Max Jacob et le surréalisme », French forum,  University of Pennsylvania Press, 1976

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